Un rhume à peine terminé qu’un autre commence, une toux qui traîne jusqu’en février, l’impression d’attraper tout ce qui circule au bureau : beaucoup de gens se demandent un jour s’ils tombent malades plus souvent que les autres. La plupart du temps, rien d’anormal ne se cache derrière. Parfois, la répétition mérite pourtant un vrai bilan. Reste à savoir faire la différence, et à remettre les compléments à leur juste place.
Plusieurs rhumes par an, c’est la règle
Un adulte peut faire jusqu’à quatre rhumes par an. Chez le jeune enfant, la répétition des rhinopharyngites est habituelle, même en parfaite santé : il doit apprendre à se défendre, un à un, contre la cinquantaine de virus capables de les provoquer.
Chaque épisode est dû à un nouveau virus. Ce n’est pas le même rhume qui revient, mais un autre, attrapé au contact de quelqu’un. Plus on côtoie de monde dans des lieux fermés, plus les occasions se multiplient. Certaines situations exposent davantage :
- vivre avec de jeunes enfants qui vont à la crèche ou en maternelle et rapportent les virus à la maison ;
- travailler au contact du public, des enfants ou des malades, à l’école, à l’hôpital ou dans un commerce ;
- prendre chaque jour des transports bondés, ou partager un bureau peu aéré ;
- fumer, ou vivre avec un fumeur : la fumée irrite en permanence le nez, la gorge et les bronches.
Pourquoi on a l’impression d’être malade tout le temps
Un rhume passe sans traitement en 7 à 10 jours, mais après une rhinopharyngite, le nez qui coule et la toux peuvent durer 10 à 15 jours. Si un deuxième virus arrive juste derrière, on a vite le sentiment d’avoir été malade de novembre à mars, alors qu’il s’agit de plusieurs épisodes courts qui se suivent.
D’autres troubles se font aussi passer pour des rhumes à répétition. Une allergie aux pollens, aux acariens ou aux poils d’animaux fait éternuer et couler le nez, sans fièvre, souvent aux mêmes périodes ou dans les mêmes lieux. Une sinusite qui ne guérit pas, un asthme mal contrôlé ou des remontées acides qui irritent la gorge la nuit peuvent entretenir une toux qui n’en finit pas. Seul un médecin peut faire la part des choses, et chacun de ces troubles a ses solutions.
Les signes qui doivent faire consulter
Les rhumes simples comptent moins que la gravité et le type des infections. Un protocole publié par la Haute Autorité de santé liste les manifestations qui doivent faire penser à un déficit immunitaire. Chez l’adulte, on y trouve notamment :
- plus de deux otites, sinusites ou pneumonies par an ;
- plus de deux mois de traitement antibiotique dans l’année ;
- une pneumonie sans explication, ou une infection grave comme une méningite ou une septicémie ;
- des bronchites à répétition, une mycose de la bouche ou de la peau qui persiste, une diarrhée chronique ;
- un proche atteint d’un déficit immunitaire héréditaire.
Chez l’enfant, les repères sont différents : plus de six à huit otites par an avant 4 ans, plus de deux sinusites ou une pneumonie par an, plus de cinq traitements antibiotiques dans l’année, ou une croissance qui ralentit.
Ces repères ne sont pas un diagnostic : ils indiquent quand il est temps d’en parler. N’attendez pas de les atteindre si une fatigue inhabituelle s’installe, si vous maigrissez sans raison, si vous transpirez beaucoup la nuit ou si une fièvre revient sans explication.
Ce qu’un médecin peut rechercher
Face à des infections trop fréquentes, le médecin envisage plusieurs pistes selon votre âge, vos antécédents et le type d’infections. Aucune ne se vérifie sans lui :
- un manque de fer, fréquent en cas de règles abondantes, qui fatigue et que révèle une prise de sang ;
- un diabète passé inaperçu ou mal équilibré, qui favorise certaines infections de la peau ou des urines ;
- une allergie, un asthme ou une sinusite chronique, dont les symptômes imitent ceux d’un rhume ;
- un médicament qui diminue les défenses, comme la cortisone au long cours ou certains traitements des rhumatismes ou des cancers ;
- une infection qui s’installe dans la durée, comme le VIH, que le médecin peut proposer de dépister ;
- plus rarement, un déficit immunitaire : la plupart sont découverts dans l’enfance, mais certains ne se révèlent qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte.
Pour préparer le rendez-vous, notez pendant quelques mois chaque épisode : date, symptômes, fièvre, médicaments pris, antibiotiques prescrits, jours d’arrêt. Apportez aussi la liste de vos traitements et votre carnet de vaccination. Ces notes aident le médecin bien plus qu’une impression générale.
Les habitudes sur lesquelles vous avez prise
Aucune habitude ne rend invulnérable. Certaines limitent pourtant les occasions de croiser un virus, et l’air intérieur compte aussi : ouvrez les fenêtres quelques minutes plusieurs fois par jour, au bureau comme à la maison.
Les mains. Lavez-les en rentrant chez vous, avant de cuisiner ou de manger et après vous être mouché. Une solution hydroalcoolique dépanne quand il n’y a pas de lavabo à portée.
Les vaccins. Grippe, Covid-19, coqueluche, pneumocoque : selon votre âge, votre santé ou votre métier, certains vous sont recommandés. Faites le point, carnet en main, lors de votre prochain rendez-vous médical ou à la pharmacie.
Et les compléments alimentaires ?
Ils ne remplacent pas la recherche d’une cause. Prendre des gélules pendant des mois sans savoir pourquoi on tombe malade peut même retarder un diagnostic utile. Pour quelques nutriments, le règlement européen n° 432/2012 autorise des formulations précises, par exemple :
- « La vitamine D contribue au fonctionnement normal du système immunitaire » ;
- « Le fer contribue au fonctionnement normal du système immunitaire » ;
- « Le fer contribue à réduire la fatigue ».
La même phrase existe pour la vitamine C, pour le zinc et pour le sélénium. Ces formulations désignent la part que prend chaque nutriment au fonctionnement ordinaire du corps, rien de plus : aucune ne promet de tomber malade moins souvent. Le fer est un cas à part : n’en prenez pas sans prise de sang ni avis médical, car un excès n’est pas anodin, et un manque de fer doit lui-même faire rechercher sa cause.
Échinacée, ginseng, astragale, sureau : aucune de ces plantes ne bénéficie à ce jour d’une allégation de santé autorisée, et la justice européenne a rappelé en avril 2025 que la publicité fondée sur des allégations de santé relatives aux plantes est actuellement interdite. Aucune promesse sur les défenses n’est donc permise pour elles. Les probiotiques n’ont pas non plus d’allégation de santé autorisée. Si vous prenez déjà un complément, montrez-le à votre pharmacien, qui vérifiera qu’il convient à vos traitements.
Pendant un épisode, quand appeler le médecin ?
Même un rhume banal peut se compliquer. Consultez si la fièvre dure plus de trois jours, si une douleur d’oreille ou de sinus apparaît, si vous respirez mal ou avez mal dans la poitrine. Pendant une grossesse, à un âge avancé ou avec une maladie chronique, appelez dès les premiers jours.
FAQ
Combien de rhumes par an est-ce normal pour un adulte ?
Jusqu’à quatre par an, selon Santé.fr. L’entourage compte beaucoup : vivre avec de jeunes enfants ou travailler au contact du public multiplie les occasions de croiser des virus. Ce qui doit alerter, c’est moins le nombre de rhumes simples que des infections plus sérieuses, comme des otites, des sinusites ou des pneumonies répétées, ou un besoin fréquent d’antibiotiques.
Mon enfant est malade tout l’hiver depuis son entrée en crèche : est-ce grave ?
Le plus souvent, non. La répétition des rhinopharyngites est habituelle chez un tout-petit en bonne santé, qui découvre de nouveaux virus à chaque saison. Parlez-en au pédiatre si les otites s’enchaînent, si des antibiotiques sont prescrits très souvent, s’il a fait une pneumonie, ou si sa croissance ralentit sur les courbes du carnet de santé.
Une toux qui dure trois semaines après un rhume, est-ce normal ?
Après une rhinopharyngite, la toux peut traîner 10 à 15 jours, parfois un peu plus. Au-delà de trois semaines, montrez-vous au médecin, surtout si elle s’accompagne de fièvre, d’essoufflement, de sifflements, de crachats de sang ou d’une perte de poids. Une toux qui dure peut venir d’un asthme, d’une allergie ou de remontées acides, qui se prennent en charge.
Quelle prise de sang faut-il faire ?
Il n’existe pas de bilan « immunité » à demander de soi-même. Le médecin choisit les analyses selon ce qu’il observe : numération sanguine, fer, glycémie, parfois dosage des anticorps ou dépistage de certaines infections. Une prise de sang sans orientation précise rassure rarement et peut inquiéter à tort. Vos notes sur les épisodes infectieux restent le meilleur point de départ.
Prendre souvent des antibiotiques affaiblit-il ?
Les antibiotiques ne servent à rien contre les virus du rhume. Pris sans nécessité, ils exposent à des effets indésirables et favorisent la résistance des bactéries, ce qui peut les rendre moins utiles le jour où vous en aurez vraiment besoin. En revanche, avoir besoin d’antibiotiques prescrits plusieurs fois par an est un signe à signaler à votre médecin.
Faut-il prendre de la vitamine C tout l’hiver ?
Ce n’est pas nécessaire si vous mangez des fruits et des légumes chaque jour : agrumes, kiwi, poivron cru ou persil en sont riches. Aucun complément ne peut promettre de vous éviter les rhumes, même si « la vitamine C contribue au fonctionnement normal du système immunitaire ». Si vous en prenez, respectez la dose indiquée et faites le compte avec vos autres produits.
Les fumeurs tombent-ils plus souvent malades ?
Ils font plus souvent des bronchites et des infections respiratoires, car la fumée irrite en permanence le nez, la gorge et les bronches. Le tabagisme passif touche aussi les enfants de la maison. Arrêter n’est pas simple, mais on n’est pas obligé de le faire seul : médecin, pharmacien, sage-femme ou Tabac info service peuvent vous aider à trouver la bonne méthode.
Peut-on avoir un déficit immunitaire à l’âge adulte ?
Oui, même si c’est rare. La plupart des déficits immunitaires héréditaires sont découverts dans l’enfance, mais certains, comme le déficit immunitaire commun variable, se révèlent à l’adolescence ou à l’âge adulte. Ils se manifestent surtout par des infections répétées ou sévères, en particulier des voies respiratoires. Le médecin peut alors orienter vers un centre spécialisé.
Sources
- Santé.fr, Antibio’Malin, « Rhinopharyngite ou rhume »
- Vidal, « Les causes et la prévention de la rhinopharyngite de l’enfant »
- Protocole national de diagnostic et de soins « Déficits immunitaires héréditaires », filière MaRIH, décembre 2022 (publié par la HAS)
- Le Monde du droit, « CJUE : interdiction de la publicité via des allégations de santé relatives à des substances botaniques » (arrêt C-386/23 du 30 avril 2025)