En hiver, on vit fenêtres fermées et la maison prend vite une odeur de renfermé, de chauffage ou de linge qui sèche. L’envie de lui redonner un parfum chaleureux vient toute seule : une écorce d’orange, quelques épices, une bougie le soir. Les senteurs ne soignent rien, mais elles comptent pour beaucoup dans un intérieur accueillant. Encore faut-il les choisir avec goût et les utiliser sans encombrer l’air que l’on respire, surtout quand la maison abrite un bébé, une femme enceinte, une personne asthmatique ou un animal.
Commencer par l’air lui-même
Une bonne odeur commence par l’absence de mauvaises odeurs. Avant de parfumer, aérez : ouvrez grand les fenêtres quelques minutes chaque jour, même par temps froid, en coupant les radiateurs le temps de l’aération. L’air se renouvelle vite, et les odeurs de cuisine ou d’humidité partent avec lui. Faites sécher le linge dans une pièce aérée, videz souvent les poubelles, et passez de temps en temps les plaids et les housses de coussin à la machine.
Un parfum d’ambiance ne nettoie pas l’air. Qu’il vienne d’une bougie, d’un spray ou d’un diffuseur, il ajoute des molécules odorantes à celles qui sont déjà là. L’Anses rappelle que les sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles émettent des composés organiques volatils qui peuvent polluer l’air intérieur. Parfumer et aérer vont donc toujours ensemble.
Une affaire de goût et de saison
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise senteur, seulement celles qui vous plaisent. L’hiver appelle pourtant quelques familles d’odeurs que l’on retrouve d’une maison à l’autre.
- Les agrumes : orange douce, mandarine, clémentine, pamplemousse, bergamote. Frais et gourmands, ils rappellent les fruits de saison et les tables de fête.
- Les épices : cannelle, clou de girofle, cardamome, gingembre, muscade. Ce sont les odeurs du pain d’épices et du vin chaud des marchés de Noël.
- Les bois et les conifères : cèdre, pin, sapin, santal. Ils évoquent la forêt en hiver et le sapin du salon.
- Les notes douces : vanille, fève tonka, miel, coton propre, pour une ambiance plus ronde.
Les accords les plus réussis sont souvent simples : orange et cannelle, sapin et mandarine, cèdre et vanille. Un détail à connaître : notre nez s’habitue très vite. Au bout de quelques minutes dans une pièce parfumée, on ne sent presque plus l’odeur, alors qu’un visiteur la perçoit dès la porte. C’est une bonne raison de parfumer légèrement et par courtes périodes, plutôt que d’en rajouter.
Des parfums sans flamme ni appareil
Les plus jolies senteurs d’hiver se trouvent parfois dans la cuisine.
- L’orange piquée de clous de girofle, une vieille tradition de Noël : piquez les clous en lignes ou en spirale, posez le fruit dans une coupelle, et il parfume doucement la pièce pendant des jours en séchant.
- La casserole parfumée : de l’eau, des écorces d’orange ou de citron, un bâton de cannelle et quelques clous de girofle, à feu très doux. Restez à proximité et rajoutez de l’eau : elle ne doit jamais chauffer à sec.
- Les écorces et les épices séchées, dans un bol ou un petit sachet de tissu, posées dans l’entrée ou glissées dans une armoire.
- Une branche de sapin ou de pin dans un vase, qui sent bon plusieurs jours.
- Un sachet de lavande séchée dans les tiroirs, ou des draps séchés au grand air quand le temps le permet.
Ces solutions restent discrètes et ne dégagent ni fumée ni brume. Gardez simplement épices, clous et branches hors de portée des jeunes enfants et des animaux, qui aiment mâchouiller ce qui traîne.
Bien profiter d’une bougie parfumée
La bougie reste le geste d’hiver par excellence. Comme toute flamme, elle émet pourtant des polluants en brûlant, dont du benzène et des particules fines. Le site public Santé.fr conseille d’en limiter l’usage, de ne pas en allumer plusieurs à la fois, de ne pas respirer directement la fumée, puis d’ouvrir grand les fenêtres au moins dix minutes après usage. Il recommande aussi de l’éviter en présence de personnes qui ont une maladie respiratoire, de femmes enceintes, d’enfants et de personnes âgées.
- À la première utilisation, laissez-la brûler jusqu’à ce que toute la surface ait fondu : elle se consumera ensuite de façon régulière, sans creuser un puits au centre.
- Recoupez la mèche à quelques millimètres avant chaque allumage : la flamme reste petite et fume moins.
- Posez-la sur un support stable, loin des rideaux, des étagères et des courants d’air.
- Ne la laissez jamais brûler sans surveillance, ni dans une pièce où quelqu’un dort.
- Éteignez-la avec un éteignoir ou en couchant la mèche dans la cire fondue, plutôt qu’en soufflant, ce qui fait de la fumée et projette de la cire.
- Rangez bougies et allumettes hors de portée des enfants.
Les huiles essentielles en diffusion
Une huile essentielle est un extrait très concentré de plante. Diffusée, elle parfume vite une pièce, mais ses molécules passent dans l’air que tout le monde respire. L’Anses appelle à la vigilance : les appels aux centres antipoison liés à ces produits ont augmenté entre 2011 et 2021, et des irritations des yeux, du nez et de la gorge, ainsi que des gênes respiratoires, ont été signalées lors d’un usage normal de sprays et de diffuseurs. Ces symptômes sont le plus souvent légers et passent vite une fois l’exposition arrêtée.
Pour en profiter sans excès :
- Des séances courtes : un quart d’heure environ, puis on éteint l’appareil. Diffuser des heures n’apporte rien, puisque le nez ne perçoit plus l’odeur au bout de quelques minutes.
- Une pièce aérée : l’Anses demande de bien aérer quand on utilise un diffuseur ou un spray dans un espace clos. Ouvrez la fenêtre après chaque séance.
- Peu de gouttes : suivez la notice du diffuseur et celle du flacon, sans les dépasser.
- Une pièce que l’on peut quitter : pas de diffusion dans une chambre pendant qu’on y dort, ni là où un enfant, une personne fragile ou un animal ne peut pas sortir.
- Le bon appareil : les diffuseurs à brume d’eau parfument en douceur ; ceux qui projettent l’huile pure sont bien plus puissants et se réservent aux grandes pièces.
Qui doit s’en passer, ou demander conseil
- Les femmes enceintes : l’Anses déconseille les huiles essentielles pendant la grossesse. Pendant l’allaitement, demandez l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme.
- Les enfants : l’Anses les leur déconseille aussi. Ne diffusez pas dans la chambre d’un bébé ou d’un jeune enfant, ni en sa présence.
- Les personnes qui ont de l’asthme ou une maladie respiratoire chronique : les substances diffusées peuvent irriter les voies respiratoires. Parlez-en à votre médecin avant d’en utiliser.
- Les personnes épileptiques : certaines huiles essentielles contiennent des substances qui peuvent favoriser des convulsions. Pas de diffusion sans avis médical.
- Les animaux : leur odorat est bien plus fin que le nôtre. L’ASPCA, association américaine qui gère un centre antipoison pour animaux, conseille de diffuser peu de temps, dans une pièce fermée à l’animal, de renoncer au diffuseur s’il a des problèmes respiratoires, et de ne pas diffuser du tout dans une maison où vivent des oiseaux. Lapins, cochons d’Inde et hamsters sont eux aussi sensibles.
Bien choisir et bien ranger ses flacons
Sur l’étiquette d’une huile essentielle, cherchez le nom latin de la plante, la partie de la plante utilisée et le pays d’origine. L’Anses a relevé que beaucoup de produits présentés comme des « huiles essentielles » contiennent en réalité d’autres ingrédients, parfois à plus de 50 % : lisez la composition complète, surtout pour les sprays et les mélanges tout prêts.
Rangez les flacons bien fermés, loin du soleil et des sources de chaleur, en hauteur et hors de portée des enfants. Surtout, ne les posez jamais près des produits du bébé. Les petits flacons à compte-gouttes se ressemblent tous, et l’Anses relève qu’un tiers des accidents d’enfants avec une huile essentielle viennent d’une confusion avec un médicament, la vitamine D dans la plupart des cas.
En cas d’accident
Si un enfant a avalé une huile essentielle ou du liquide de diffuseur, ne le faites pas vomir et appelez sans attendre un centre antipoison ou le 112, le flacon sous les yeux pour donner son nom exact. Si une goutte gicle dans l’œil, rincez-le abondamment à l’eau tiède et demandez conseil. Si quelqu’un tousse, respire mal ou se plaint de maux de tête pendant une diffusion, éteignez l’appareil, aérez et faites sortir la personne de la pièce. Si la gêne ne passe pas vite, appelez un médecin.
Lire les promesses avec recul
On trouve encore des produits d’ambiance présentés comme « relaxants », « énergisants » ou « antistress ». Ces mots décrivent l’intention du parfumeur, pas un effet démontré : aucun effet sur le sommeil, l’humeur ou la fatigue ne peut être attribué à une bougie ou à une huile essentielle. Elles parfument une pièce, et c’est déjà beaucoup quand l’odeur vous plaît. Si l’hiver vous pèse, que vous dormez mal ou que vous vous sentez à plat depuis des semaines, parlez-en à votre médecin.
FAQ
Diffuser des huiles essentielles assainit-il l’air ?
Non. Une huile essentielle diffusée ajoute des molécules dans l’air, elle n’en retire pas. L’Anses rappelle que ces produits émettent des composés organiques volatils qui peuvent dégrader la qualité de l’air intérieur. C’est l’aération qui renouvelle vraiment l’air d’une pièce : ouvrir grand les fenêtres quelques minutes chaque jour reste le geste le plus efficace, en hiver comme en été, avant comme après avoir parfumé.
Combien de temps peut-on diffuser ?
Le moins longtemps possible pour profiter du parfum. Une séance d’un quart d’heure environ suffit, puisque le nez cesse vite de percevoir l’odeur. Éteignez ensuite l’appareil et aérez. Ne laissez pas un diffuseur tourner en continu, pendant votre sommeil ou portes et fenêtres closes. Les notices du diffuseur et du flacon indiquent les durées et le nombre de gouttes à respecter : ce sont elles qui font foi.
Peut-on parfumer la chambre d’un enfant ?
Pas avec des huiles essentielles : l’Anses les déconseille aux enfants, et on ne diffuse jamais en présence d’un bébé. Une bougie n’a rien à faire non plus dans sa chambre, pour la qualité de l’air comme pour le risque de brûlure. Une chambre aérée chaque jour, des draps propres et un doudou lavé régulièrement sentent bon sans rien ajouter. Dans le reste de la maison, gardez flacons et bougies hors de sa portée.
Et pendant la grossesse ou l’allaitement ?
Pendant la grossesse, l’Anses déconseille les huiles essentielles : certaines renferment des substances qui peuvent nuire au fœtus. Mieux vaut donc ne pas en diffuser du tout pendant ces neuf mois. Pendant l’allaitement, demandez l’avis de votre médecin ou de votre sage-femme avant tout usage. Les écorces d’agrumes, les épices dans une coupelle et une aération régulière restent des solutions simples pour parfumer la maison.
J’ai de l’asthme : dois-je renoncer aux senteurs ?
Pas forcément aux senteurs, mais soyez prudent avec tout ce qui se diffuse ou se brûle. Sprays, diffuseurs, bougies et encens libèrent des substances qui peuvent irriter les voies respiratoires. Demandez l’avis de votre médecin avant d’utiliser des huiles essentielles. Au quotidien, préférez des parfums discrets et sans combustion, comme une orange piquée de clous de girofle, et aérez souvent. Si une odeur vous fait tousser, éloignez-la aussitôt.
Bougie ou diffuseur : que choisir ?
Chacun a ses précautions. La bougie émet des particules fines et d’autres polluants en brûlant, et demande une surveillance constante. Le diffuseur d’huiles essentielles ne fait pas de flamme, mais il répand des molécules concentrées, irritantes pour certains. Dans les deux cas, la règle est la même : un usage court, une pièce aérée ensuite, et jamais en présence de personnes qui doivent les éviter.
Comment protéger mon chat ou mon chien ?
Diffusez peu de temps, dans une pièce où l’animal n’a pas accès, et aérez avant de le laisser revenir. Placez le diffuseur en hauteur, là où il ne risque pas d’être renversé, et rangez les flacons hors de portée des pattes. N’appliquez jamais d’huile essentielle sur son pelage. Renoncez au diffuseur si votre animal a des problèmes respiratoires, ou si vous avez un oiseau. Au moindre doute après une exposition, appelez votre vétérinaire.
Une huile essentielle se périme-t-elle ?
Oui. Au contact de l’air et de la lumière, elle s’oxyde peu à peu : son parfum change et elle devient plus irritante. Les huiles d’agrumes sont parmi celles qui s’abîment le plus vite. Refermez bien le flacon après chaque usage, gardez-le au frais et dans l’obscurité, et respectez la date indiquée sur l’emballage. Une huile dont l’odeur a tourné ne s’utilise plus, même en diffusion.
Sources
- Anses, « Huiles essentielles : risques et précautions » (2024)
- Anses, « Sprays et diffuseurs à base d’huiles essentielles : l’Anses appelle à la vigilance » (2020)
- Santé.fr, « Les bougies et l’encens dégradent-ils la qualité de l’air intérieur ? »
- ASPCA, « Is the latest home trend harmful to your pets? » (en anglais)