Dès les premiers frissons de l’automne, l’échinacée revient sur les présentoirs, en gélules, en gouttes ou en tisane. On lui prête beaucoup, souvent bien plus que ce que la réglementation permet d’affirmer. Avant d’en acheter, mieux vaut savoir ce qu’est cette plante, pourquoi deux produits « à l’échinacée » peuvent n’avoir presque rien en commun, ce que l’on a le droit d’en dire, qui doit s’en passer, et comment lire son étiquette.
Une fleur des prairies nord-américaines
L’échinacée est une plante vivace de la famille des Astéracées, comme la marguerite, la camomille ou le tournesol. Originaire d’Amérique du Nord, elle y pousse à l’état sauvage dans les prairies. Son nom vient du grec ekhinos, le hérisson, à cause du cœur de sa fleur : un cône bombé, couvert de petites écailles raides et piquantes, entouré de pétales roses à pourpres qui retombent légèrement.
Les Amérindiens l’utilisaient déjà, notamment sur les plaies, selon les usages traditionnels qui nous sont parvenus. En Europe, on la croise surtout dans les jardins : l’échinacée pourpre est une vivace appréciée des massifs, qui fleurit en été et attire les papillons.
Trois espèces, des produits très différents
Trois espèces se retrouvent dans les compléments alimentaires :
- Echinacea purpurea, l’échinacée pourpre, la plus cultivée, dont on utilise les parties aériennes (fleurs, feuilles, tiges), fraîches ou séchées, ainsi que la racine ;
- Echinacea angustifolia, l’échinacée à feuilles étroites, employée surtout pour sa racine ;
- Echinacea pallida, l’échinacée pâle, reconnaissable à ses longs pétales pendants, elle aussi utilisée pour sa racine.
Leur composition n’est pas la même. On y trouve des dérivés de l’acide caféique, des alkylamides et des polysaccharides, dans des proportions qui varient beaucoup selon l’espèce et la partie utilisée. L’acide chicorique domine dans l’échinacée pourpre, l’échinacoside dans les racines des deux autres. Ce sont les alkylamides qui laissent ce picotement si particulier sur la langue quand on mâche un morceau de racine.
S’y ajoutent la forme choisie (poudre de plante, extrait sec, jus de plante fraîche, teinture à base d’alcool), la période de récolte et le séchage. Résultat : deux produits vendus sous le même nom peuvent avoir des compositions très éloignées, et la seule mention « échinacée » ne permet pas de les comparer.
Ce que la réglementation permet d’en dire
La plupart des produits à l’échinacée vendus en parapharmacie sont des compléments alimentaires. Ce sont des denrées alimentaires, pas des médicaments : ils ne peuvent en aucun cas prétendre empêcher, traiter ou guérir une maladie, et le rhume en est une.
Restent les allégations de santé, ces phrases qui décrivent un effet sur l’organisme. Pour les plantes, l’Union européenne n’en a encore inscrit aucune sur sa liste officielle : leur examen est en suspens depuis des années. Dans un arrêt du 30 avril 2025, les juges de la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg, ont estimé qu’une publicité vantant l’effet d’une substance botanique sur la santé n’est pas permise tant que l’allégation correspondante n’a pas été autorisée. Aujourd’hui, on ne peut donc prêter à l’échinacée aucun effet sur la santé, ni sur l’emballage ni dans la publicité.
Pourquoi lit-on alors « immunité » sur certaines boîtes ? Souvent parce que le produit contient aussi de la vitamine C, de la vitamine D ou du zinc. L’allégation autorisée porte sur ces nutriments, et sur eux seuls, par exemple « la vitamine C contribue au fonctionnement normal du système immunitaire », pour peu que la dose de vitamine apportée soit suffisante.
Il existe enfin des médicaments à base d’échinacée, avec une notice qui précise leur usage et leurs contre-indications. Ils relèvent du conseil du pharmacien et ne doivent pas être confondus avec les compléments alimentaires, même quand les boîtes se ressemblent.
Les personnes qui doivent l’éviter ou demander conseil
Naturelle ne veut pas dire anodine. Les principales précautions sont les suivantes.
- Allergies : évitez l’échinacée si vous êtes allergique à une plante de la même famille, comme l’ambroisie, l’armoise, la camomille ou l’arnica. La prudence s’impose aussi en cas de terrain allergique : asthme, eczéma, rhume des foins.
- Maladies auto-immunes et défenses affaiblies : elle est contre-indiquée en cas de maladie auto-immune, de sclérose en plaques, de tuberculose, d’infection par le VIH, après une greffe d’organe ou pendant une chimiothérapie.
- Grossesse et allaitement : mieux vaut ne pas en prendre pendant la grossesse, et s’en abstenir pendant l’allaitement.
- Enfants : contre-indiquée avant 12 mois, elle est déconseillée avant 12 ans.
- Traitements : un risque d’interaction est signalé avec les médicaments immunosuppresseurs, comme les corticoïdes ou la ciclosporine, et avec d’autres médicaments.
Les effets indésirables rapportés sont surtout des réactions allergiques : éruption, démangeaisons, gonflement du visage. Des réactions plus sévères, avec gonflement de la gorge ou gêne respiratoire, ont aussi été décrites, de même que des nausées ou des vomissements. Au moindre de ces signes, arrêtez le produit, et appelez le 15 ou le 112 si la gorge gonfle ou si vous respirez mal.
Signe de la prudence des autorités, l’Anses a cité les échinacées en avril 2020 parmi les plantes de compléments alimentaires dont elle conseillait de suspendre la prise dès les premiers symptômes du Covid-19.
Bien lire l’étiquette
Une boîte d’échinacée en dit long, à condition de savoir où regarder :
- la mention « complément alimentaire », qui indique le statut du produit ;
- le nom latin de l’espèce, Echinacea purpurea, angustifolia ou pallida, plutôt qu’un simple « échinacée » ;
- la partie utilisée : parties aériennes, racine ou plante entière ;
- la forme : poudre, extrait sec, jus de plante fraîche ou teinture. Pour un extrait, un rapport du type 4:1 signifie qu’il a fallu environ quatre parts de plante pour obtenir une part d’extrait ;
- la quantité de plante ou d’extrait par prise, et la portion journalière recommandée ;
- les autres ingrédients : vitamines ajoutées, sucre, alcool dans les formes liquides, propolis ou miel, à éviter en cas d’allergie aux produits de la ruche ;
- les mentions obligatoires : ne pas dépasser la dose journalière recommandée, ne pas utiliser le produit en remplacement d’un régime alimentaire équilibré, le conserver hors de la portée des enfants en bas âge ;
- le numéro de lot, la date de durabilité minimale et le nom et l’adresse de l’entreprise qui le commercialise, utiles en cas de problème.
Méfiez-vous, à l’inverse, d’un produit qui promet d’« éviter le rhume », de « stimuler les défenses » ou d’agir « contre les virus » : ces promesses ne sont pas autorisées, et elles renseignent sur le sérieux du vendeur.
Si le rhume est déjà là
Un rhume passe de lui-même. En attendant, le repos, les boissons chaudes, les lavages de nez au sérum physiologique et une chambre pas trop chauffée rendent ces quelques jours plus faciles à vivre. Une fièvre qui grimpe ou s’installe, des oreilles ou des sinus douloureux, une respiration difficile, ou aucun mieux au bout d’une bonne semaine : dans ces cas, voyez un médecin.
FAQ
L’échinacée est-elle un médicament ?
Tout dépend de la boîte. La majorité de celles vendues en parapharmacie sont des compléments alimentaires : elles portent cette mention et n’ont le droit d’annoncer aucun effet sur la santé. Il existe aussi des médicaments à base d’échinacée, avec une notice qui précise leur usage et leurs contre-indications. En cas de doute, demandez au pharmacien de quoi il s’agit avant d’acheter.
Quelle espèce choisir ?
Aucune espèce ne peut être présentée comme meilleure qu’une autre, puisqu’aucun effet n’est reconnu à la plante. Choisissez plutôt un produit dont l’étiquette est claire : nom latin, partie utilisée, type d’extrait et quantité par prise. Un fabricant sérieux sait répondre à ces questions. Si vous avez un terrain allergique ou suivez un traitement, demandez d’abord conseil.
Et pour un enfant ?
Non, sauf avis médical. L’échinacée est contre-indiquée avant l’âge de 12 mois et déconseillée avant 12 ans. Les formes liquides contiennent en outre souvent de l’alcool. Pour un enfant enrhumé, le lavage de nez, le repos et des boissons régulières restent la base, et le pédiatre ou le pharmacien vous dira s’il faut aller plus loin.
Peut-on en prendre enceinte ou en allaitant ?
Mieux vaut s’en passer. Les données manquent pour garantir qu’elle ne pose pas de problème pendant la grossesse, et il est conseillé de s’abstenir d’en prendre pendant l’allaitement. Enceinte ou allaitante et enrhumée, demandez d’abord à votre médecin, à votre sage-femme ou au pharmacien ce qui vous convient : une plante n’échappe pas à cette règle.
J’ai le rhume des foins : puis-je en prendre ?
Prudence. Les personnes qui ont un terrain allergique, comme le rhume des foins, l’asthme ou l’eczéma, peuvent réagir plus fortement à l’échinacée. Elle est à éviter si vous êtes allergique à l’ambroisie, à l’armoise, à la camomille ou à l’arnica, qui appartiennent à la même famille. Parlez-en à votre médecin ou à un allergologue avant d’essayer.
Peut-on la prendre avec un traitement ?
Pas sans en parler. Un risque d’interaction est signalé avec les médicaments immunosuppresseurs, comme les corticoïdes ou la ciclosporine, et avec d’autres traitements. L’échinacée est par ailleurs contre-indiquée en cas de maladie auto-immune, d’infection par le VIH, après une greffe ou pendant une chimiothérapie. Montrez la boîte et la liste de vos médicaments à votre pharmacien.
Peut-on faire une tisane avec l’échinacée du jardin ?
Les échinacées des jardins sont souvent des variétés ou des hybrides choisis pour leurs fleurs, et une tisane maison n’a rien de standardisé : on ignore ce qu’elle contient vraiment. Les précautions restent les mêmes, notamment en cas d’allergie, de grossesse ou de maladie auto-immune. Vérifiez aussi que vos plantes n’ont reçu aucun produit non prévu pour un usage alimentaire.
L’échinacée peut-elle remplacer le vaccin contre la grippe ?
Non. On ne peut prêter à l’échinacée aucun effet protecteur. Le vaccin contre la grippe est un médicament évalué pour cela, proposé en priorité aux personnes les plus exposées aux complications. Demandez à votre médecin, à votre pharmacien ou à votre infirmier s’il vous est recommandé. En France, beaucoup de pharmacies proposent d’ailleurs la vaccination directement au comptoir.
Sources
- Vidal, « Phytothérapie : Échinacées »
- Anses, « L’Anses met en garde contre la consommation de compléments alimentaires pouvant perturber la réponse immunitaire » (avril 2020)
- L’Europe est à vous (Union européenne), « Compléments alimentaires : règles de l’UE en matière d’étiquetage »
- Arrêt de la CJUE du 30 avril 2025 (C-386/23) sur les allégations de santé des substances botaniques, présenté par Le Monde du droit