Souvent, tout commence par une prise de sang de routine : sur la feuille de résultats, la ligne « LDL-cholestérol » dépasse la valeur imprimée en marge. Un cholestérol trop élevé ne fait pas mal et ne se voit presque jamais, et c’est justement pour cela qu’il mérite un peu d’attention. Faisons le point sur le bilan, les facteurs de risque, les repères officiels pour l’assiette et l’activité, et la levure de riz rouge.
Une graisse dont le corps a besoin
Le cholestérol n’est pas un ennemi en soi. Cette graisse entre dans la composition des membranes de nos cellules, de certaines hormones, des sels biliaires qui aident à digérer, et de la vitamine D. Le foie en fabrique la plus grande partie, le reste vient de l’alimentation. Les triglycérides, l’autre famille de lipides mesurée dans le sang, servent de réserve d’énergie ; l’alimentation en apporte aussi, en particulier par les sucres et l’alcool.
« Bon » et « mauvais » cholestérol
Dans le sang, le cholestérol voyage à bord de transporteurs, les lipoprotéines. Les deux qui figurent sur votre bilan ont des rôles opposés.
- Le LDL-cholestérol, dit « mauvais cholestérol ». En excès, il se dépose sur la paroi des artères et forme des plaques d’athérome, qui gênent peu à peu la circulation. Avec les années, ces plaques peuvent conduire à un infarctus, à un accident vasculaire cérébral ou à une artérite des jambes.
- Le HDL-cholestérol, dit « bon cholestérol ». Il récupère le cholestérol en trop et le ramène vers le foie, qui l’élimine.
Lire son bilan lipidique
Le bilan lipidique donne en général quatre valeurs, en grammes par litre : cholestérol total, LDL-cholestérol, HDL-cholestérol et triglycérides.
Les valeurs en marge ne disent pas tout : l’objectif de LDL dépend du risque cardiovasculaire de chacun, selon l’âge, les antécédents, le tabac, la tension ou un diabète. L’Assurance Maladie indique des cibles allant de moins de 0,55 g/L pour les personnes à très haut risque à moins de 1,3 g/L environ quand le risque est faible. Pour les triglycérides, on vise moins de 1,5 g/L. C’est votre médecin qui fixe votre propre objectif.
Un excès qui ne se sent pas
On peut se sentir en pleine forme avec un LDL bien au-dessus de sa cible. Tout au plus la peau donne-t-elle parfois un indice : de petites plaques jaunâtres, légèrement en relief, au coin interne des paupières, appelées xanthélasmas. Elles ne signent pas toujours un excès de cholestérol, mais elles justifient d’en parler à son médecin. Aucune crème ne remplace ce bilan.
D’où vient un taux trop élevé ?
Le plus souvent, une prédisposition génétique se combine avec la sédentarité, le surpoids et une alimentation déséquilibrée. Certaines maladies dérèglent aussi les lipides, comme une hypothyroïdie, une maladie du foie ou des reins, l’obésité ou le diabète de type 2, et s’occuper de la cause suffit souvent à corriger les chiffres. Des médicaments peuvent être en jeu, par exemple les corticoïdes ou les œstrogènes pris par voie orale : le médecin adaptera la prescription si besoin, ne changez rien de vous-même.
Il existe enfin des formes familiales, héréditaires : quand l’une d’elles est découverte, les proches sont dépistés à leur tour. Et le cholestérol n’agit jamais seul : tabac, hypertension, diabète, tour de taille élevé, sédentarité, alcool et stress s’additionnent.
Dans l’assiette : les repères de l’Assurance Maladie
Quand le cholestérol est trop élevé, l’Assurance Maladie conseille une alimentation équilibrée de type méditerranéen :
- du poisson deux à trois fois par semaine, dont une fois un poisson gras : sardine, maquereau, hareng ;
- cinq portions de fruits et légumes par jour, soit environ 400 g ;
- moins de graisses saturées, celles du beurre, du fromage et des viandes, mais aussi des huiles de palme et de coprah, et moins de graisses trans, fréquentes dans les viennoiseries et les biscuits ;
- à la place, de l’huile d’olive, de colza, de soja ou de noix ;
- moins de 500 g de viande rouge par semaine, et les abats, le foie et les œufs avec modération ;
- davantage de fibres, notamment celles de l’avoine et de l’orge, des légumineuses et des céréales complètes ;
- moins de produits sucrés, moins de sel sans pour autant manger sans sel, et l’alcool à éviter.
Rien n’oblige à tout changer d’un coup. Des flocons d’avoine à la place de la viennoiserie, l’huile de colza plutôt que le beurre dans la poêle, un plat de lentilles dans la semaine : ces petits échanges, répétés, finissent par compter.
Bouger et arrêter de fumer
L’Assurance Maladie recommande aux adultes au moins 150 minutes par semaine d’activité modérée, comme la marche rapide, soit 30 minutes la plupart des jours, par périodes d’au moins 10 minutes. En cas de maladie cardiaque, voyez votre médecin avant de vous lancer. Arrêter de fumer fait partie des mesures recommandées ; en France, Tabac Info Service (39 89) met en relation avec un tabacologue. En cas de surpoids, l’objectif est un tour de taille inférieur à 94 cm chez l’homme et à 80 cm chez la femme.
Quand un médicament est proposé
Si le mode de vie ne suffit pas ou si le risque est élevé, le médecin peut prescrire un médicament, le plus souvent une statine. Des douleurs ou des crampes musculaires sont possibles : signalez-les plutôt que d’arrêter seul. Avec la simvastatine, le pamplemousse est déconseillé. Ne modifiez jamais un traitement sans avis médical, et signalez à votre pharmacien tout autre produit que vous comptez prendre, complément alimentaire compris.
Levure de riz rouge : les mises en garde officielles
La levure de riz rouge est obtenue en faisant fermenter du riz par un champignon microscopique, Monascus purpureus. Elle contient des monacolines, dont la monacoline K, qui a les mêmes effets que les statines, effets indésirables compris. En 2014, l’Anses a conclu que sa consommation présente un risque pour certains consommateurs, les signalements portant surtout sur des atteintes des muscles et du foie. L’agence la déconseille :
- aux femmes enceintes ou qui allaitent, aux enfants, aux adolescents et aux personnes de plus de 70 ans ;
- en cas d’insuffisance rénale, de maladie musculaire, d’hypothyroïdie non traitée ou de maladie du foie évolutive ;
- aux grands consommateurs de pamplemousse ou d’alcool ;
- aux personnes traitées par une statine, ou qui en ont arrêté une à cause d’effets indésirables, sauf avis médical spécifique.
Depuis 2022, la réglementation européenne plafonne la quantité de monacolines par portion journalière et impose des avertissements sur l’étiquette : pas de consommation pendant la grossesse ou l’allaitement, avant 18 ans ou après 70 ans, ni avec un médicament contre le cholestérol ou un autre produit à base de levure de riz rouge. Si l’idée vous tente, posez d’abord la question à votre médecin.
Quand en parler à son médecin ?
Prenez rendez-vous si votre bilan sort des valeurs attendues, si un parent proche a eu un infarctus ou un AVC jeune, si vous remarquez des xanthélasmas, ou avant de prendre un complément qui vise le cholestérol. Une douleur qui serre la poitrine, une faiblesse soudaine d’un côté du corps ou une difficulté brutale à parler sont des urgences : appelez le 112, ou le 15 en France.
FAQ
Peut-on avoir trop de cholestérol en étant mince et sportif ?
Oui. L’hérédité pèse lourd, et certaines formes familiales donnent des taux élevés quelle que soit l’hygiène de vie. Un poids normal et une activité régulière restent utiles pour les artères, sans garantir un bilan dans les normes. Si plusieurs proches ont du cholestérol, ou si l’un d’eux a eu un accident cardiaque tôt, parlez-en à votre médecin.
Faut-il supprimer les œufs et le fromage ?
Non, il s’agit de modérer, pas d’interdire. L’Assurance Maladie conseille de limiter le cholestérol apporté par l’alimentation, présent dans les abats, le foie et les œufs, et de réduire les graisses saturées, dont celles du fromage et du beurre. Un œuf de temps en temps, un morceau de fromage au repas gardent leur place, et un diététicien peut vous aider à ajuster.
Le bilan lipidique doit-il être fait à jeun ?
Cela dépend de la prescription et du laboratoire : certains bilans se font à jeun, d’autres non. Le plus simple est de poser la question en prenant rendez-vous, ou de lire les consignes jointes à l’ordonnance. Si vous devez venir à jeun, demandez aussi si l’eau est permise avant le prélèvement, et signalez les médicaments que vous prenez.
À quel rythme refaire un bilan ?
Aucun rythme ne vaut pour tous : le médecin le fixe selon vos résultats, votre risque cardiovasculaire et votre éventuel traitement. Après un changement d’alimentation ou le début d’un médicament, il prévoit souvent un contrôle. Gardez vos anciens résultats et apportez-les : l’évolution d’une année sur l’autre en dit souvent plus qu’un chiffre isolé.
La levure de riz rouge peut-elle remplacer un traitement ?
Non. L’Anses rappelle que ces compléments ne sont pas une alternative à un médicament contre le cholestérol, et l’Assurance Maladie précise qu’ils ne doivent ni remplacer une statine, ni être pris en même temps. Elle les juge peu efficaces et souligne leurs effets secondaires. Si votre traitement vous gêne, parlez-en à votre médecin : d’autres options existent.
Peut-on arrêter son médicament quand les chiffres sont bons ?
Pas de vous-même. Des résultats revenus dans les normes montrent le plus souvent que le traitement agit, pas que le problème a disparu, et l’interrompre expose à voir les taux remonter. L’Assurance Maladie recommande de le poursuivre même quand on se sent bien. Si vous souhaitez réduire ou changer, c’est une décision à prendre avec votre médecin.
Un HDL bas, est-ce grave ?
Un HDL-cholestérol anormalement bas fait partie des anomalies que le médecin surveille, surtout s’il s’accompagne de triglycérides élevés, d’un tour de taille important, d’une tension élevée ou d’un diabète. Pris isolément, un chiffre ne suffit pas à juger du risque. Bouger, arrêter de fumer et perdre du poids en cas de surpoids font partie des conseils habituels.
Les enfants peuvent-ils être concernés ?
Oui, surtout dans les familles touchées par une hypercholestérolémie familiale, une forme héréditaire : le dépistage des proches, enfants compris, est alors recommandé. Tout se décide alors avec le pédiatre ou le médecin traitant, et aucun complément visant le cholestérol ne doit être donné à un enfant : la levure de riz rouge est déconseillée avant 18 ans.
Sources
- Assurance Maladie, « Anomalies du cholestérol et des triglycérides : causes et conséquences »
- Assurance Maladie, « Cholestérol et/ou triglycérides élevés : quel traitement ? »
- Anses, avis du 14 février 2014 sur les risques liés à la levure de riz rouge dans les compléments alimentaires
- Règlement (UE) 2022/860 de la Commission concernant les monacolines de la levure de riz rouge